Pierrôt est mort ! Vive Pierrôt !

Après plusieurs années de lutte, dans laquelle il trouvait tout de même matière à s'amuser de l'absurdité du système bureaucrate nippon, Pierrôt a dû plier baggages. Il avait ouvert son bar il y a dix ans peut-être, à Shimokitazawa; un bar qu'il avait construit lui-même, car il travaille le bois, et où venaient jouer chaque week-end les musiciens du quartier.

Pierrôt est un personnage, un original dont les yeux reflètent toujours la vivacité de convictions sans âge. Il aime montrer du doigt l'absurdité, arriver avec un mégaphone dans les manifs et parler aux flics, faire le pied de grue devant les ambassades jusqu'à ce qu'il soit entendu...

Son café était situé sur un terrain sur lequel les propriétaires voulaient construire un immeuble; ils lui ont donc demandé de partir. Evidemment, un Japonnais se serait exécuté avec force courbettes devant la requette de celui qui avait eu la bonté de lui louer un emplacement depuis tant d'années, mais le contrat de Pierre ne s'achevant que deux ans plus tard, il a refusé de partir. J'imagine que les propriétaires n'ont tout d'abord candidement pas compris pourquoi il ne partait pas. Ils ont dû lui expliquer qu'il n'y avait normalement pas à discuter. Pierrôt était bien d'accord avec eux, mais leurs conclusions divergeaient, vraisemblablement. Les propriétaires ont donc essayé de couler sa petite entreprise par tous les recours juridiques imaginables, auxquels Pierrôt répondait avec un bon sens amusé, pensant être couvert par ses garanties...

Mais les choses se sont corsées... Je veux bien croire que le personnage ait fortement irrité et les propriétaires et les instances juridiques auxquelles ils avaient demandé de l'aide; ils sont donc aller la chercher ailleurs, là où ça rigole moins, chez les Yakuza... Ceux-ci ont d'abord détruit le bar de Pierrôt, la nuit, et il l'a reconstruit le lendemain même. Puis ils y ont mis le feu, quelques mois plus tard, et Pierre s'est bien rendu compte qu'il commençait à jouer gros. Je vous laisse tirer vos propres conclusions sur le fonctionement interne qui régit la vie des quartiers au Japon et la vie politique d'une manière plus globale. C'est sûr, ici c'est beau, c'est propre, ça ne brûle pas, mais il vaut mieux ne pas demander à aller visiter les coulisses, sous peine de ne pas en ressortir indemme...


Donc Pierrôt a fermé son bar... Une soirée d'adieu poignante a permis à tous les habitués, les artistes du quartier et les gens de passage de venir profiter une dernière fois de cette atmosphère si spéciale. La chanteuse de Bosa Nova avait la voix pleine de sanglots en entamant le refrain de sa dernière chanson; lui-même avait la gorge serrée en parlant des années passées tandis que le monde affluait sous l'abri de bambou. De plus en plus nombreux, de plus en plus curieux les passants venaient s'arrêter un moment devant cette foule à la mine tantôt heureuse, tantôt chagrine qui s'étendait jusqu'aux trottoirs des rues attenantes jusqu'à... jusqu'à ce que la police aussi s'invite à la fête, d'abord timide, puis plus sûre d'elle à mesure que les renforts arrivaient, et qu'elle décide qu'il était temps qu'une page se tourne et qu'on aille se coucher...

Pierrôt et quelques uns ont donc commencé le démontage du bar et effectivement, quelques heures plus tard, une page s'était bel et bien tournée; il ne restait plus rien... Plus rien ? Enfin, si, il restait Pierrôt ! Et il ne fallut pas attendre très longtemps pour qu'il envoie un mail à tout le monde leur indiquant la tenue de la prochaine soirée : Il avait loué la salle du bar à côté et invitait tout le monde, le temps d'une soirée, a venir faire revivre l'atmosphère du Pierrôt.

Je profitais de cette occasion pour y inviter Storm, Norio et Echo, ainsi que Timiri, fraîchement arrivée à Tokyo de Tahiti... Si le décor était différent, l'atmosphère était bien au rendez-vous et tous les musiciens se retrouvèrent aussi émus que lorsqu'ils s'étaient quittés quelques semaines plus tôt.



On a bien rit ce soir-là chez Pierrôt retrouvé... Pendant qu'à l'intérieur les gens parlaient, trinquaient, buvaient, chantaient, dansaient, Storm, sur la terrasse, apprenait à Timiri à faire des grimaces...

Véritable abnégation dans la transmission d'un savoir ancestrale ou technique d'approche particulière ? Je vous laisse apprécier les talents du maître... et l'application de son disciple...




(Le plug-in est toujours ici)

Posts les plus consultés de ce blog

Nouvelle Star !

Léon Spilliaert

Quand Veda s'évada