17 juin 2009

Adieu Printemps

Où es-tu douleur ma sirène
Sur notre empire assis reine tu resteras
Même proche peine lointaine
Une écharde que j’aime et qui un jour m’aima

Matin ton chant ne m’atteint plus
Le facteur en silence cherche une lettre absente
Assez celle qui m’aima s’est tue
Quand elles sentent encore les fleurs fanées nous hantent

De nos rires reste l’écho
Dont les hoquets se perdent en sinistres ballades
Fuyez ces ruines mon château
L’amour est après nous comme un oiseau malade
Et toujours un mot qui toujours meurt trop tôt

Ah aimer souffrir délicat
Tu nous ouvres les bras comme un lys ses corolles
Calice bu la mort s’abat
Fulgurance amère qui de romance à trépas
Accueille les abeilles venues payer l’obole

Cette main qu’hier encore contre moi je tenais
Eut un jour ce geste fatal
Cette main qui mon coeur et mon corps dominait
S’en alla brusquement verticale
Cette main que j’aimais m’est perdue à jamais

Cette main mais ce corps aux couleurs de l’été
Qui m’offrait ses saveurs en trésors inavoués
Qu’importe alors les messes et l’ambre
N’est plus frisson de tous mes membres
D’aimer mes coffres sont vides et ma terre déchirée

La parole mêle aux mots leur vieux sens d’hier
Les voix palissent mais l’on se tait
Les yeux n’ont plus le même attrait
Le coeur une forêt que ronge le désert

On se terre on parle d’avant
D’un avant où depuis poussent les aubépines
La marche au soir venu prend des airs militaires
On se sait vaincus mais pourtant
On essaie de retarder la drôle de guerre
Qui dans les tranchées creuse impatiente et piétine

Le drame vient des larmes sur les armes levées
Au dernier acte les masques tombent
Les yeux sont calmes comme des bombes
Les souvenirs ont des habits de naufragés

Le temps n’est plus qu’une géhenne
Adieu printemps voici venue la haine


❧ ❧

Tout juste rentré du Burundi, je repars à Rome pendant quelques jours avec Maya où nous sommes invités au festival Crack ! du Forte Perenestino qui se tiendra du 18 au 21 juin.

Nous y présenterons la dernière parution des Grands Arbres, Le Paravent des Ires, collection qui réunit sept dessinateurs et moi-même autour du thème de l'érotisme. J'en parlerai plus longuement à notre retour.





À l'occasion, j'en profite pour vous annoncer l'ouverture de mon site Internet..

À bientôt !

30 mai 2009

Oreiller d'herbes

Je lis en ce moment l'étonnant Oreiller d'herbes de Natsumé Soseki, roman poétique qu'il définit lui-même comme un "roman-haïku". Je n'avais pas été touché par Je suis un chat, que la critique pourtant porte aux nues et qui est censé être son oeuvre majeure ; j'avais trouvé l'écriture ampoulée et le tout un peu kitsch, mais sans doute était-ce plutôt dû à une affreuse traduction.

Elle est ici excellente. Rendant invisible l'artifice, elle annule la distance entre les langues, les époques et les cultures. Un peintre se retire dans une auberge de montagne pour peindre et réfléchir sur son art, sur l'acte de création. On le suit comme s'il était tout à fait possible qu'on passe à son tour prochainement dans cette auberge, bien qu'elle se trouve en fait au début du XXe siècle.
"Conscient de la singularité de son oeuvre, l'auteur écrivit : "Si ce roman-haïku (l'expression est certes bizarre) s'avère possible, il ouvrira de nouveaux horizons dans la littérature. Il ne me semble pas que ce type de roman ait jamais existé en Occident. En tout cas, il n'y en a jamais eu de tels au Japon."
Et c'est vrai qu'il ne m'a que rarement été donné de lire des réflexions portant sur l'esthétique et le sentiment diffus qui naît pendant l'acte de création d'une manière aussi habile, délicate et poétique...

C'est d'une part un roman puisqu'on y suit un peintre dans sa retraite, mais un roman qui se refuse à entrer dans la "psychologie des personnages" traditionnelle et qui dépeind plutôt des courbes mouvantes, à la manière des images polymorphes d'un poème.

Les personnages ne sont donc pas le fruit des descriptions d'un narrateur omniscient qui analyserait l'intimité de l'être pour justifier son apparence extérieure, mais bien plutôt le contraire : ce peintre décrit les objets et les gens qu'il rencontre à la manière d'un tableau, et la force de son regard est telle qu'il arrive à les pénétrer pour y toucher et en extraire l'essence qui les caractérise et nous donner ainsi accès à leur intérieur, qui se révèle au-delà de sa subjectivité :
"C'est comme si un affaissement de terrain s'était produit dans une zone normalement immobile, et que, par la suite, tout ait bougé alentour, mais, en comprenant que le mouvement est contraire à sa vraie nature, la terre essaie de reprendre sa forme première ; or, sans pouvoir retrouver son équilibre et emportée par l'énergie, ayant continué à bouger malgré elle jusqu'à aujourd'hui, elle finit, en désespoir de cause, par remuer exprès, envers et contre tout... Si une pareille situation existait, elle permettrait justement de qualifier cette inconnue.

Derrière le dédain, s'étend un paysage qui exprime le désir de s'accrocher à quelqu'un coûte que coûte. On flaire un discret discernement au fond de son aspect moqueur. Si elle s'abandonnait à son talent et si elle y mettait du sien, elle ne craindrait pas d'affronter cent hommes, mais sous cette énergie, une douce sensibilité jaillit à son insu. Ce visage manque pourtant d'unité. On dirait que la perspicacité et l'égarement cohabitent, en se querellant. Si le visage de cette femme manque d'unité, c'est la preuve que l'unité est absente de son coeur et si l'unité est absente de son coeur, c'est qu'elle est absente du monde de cette femme. C'est le visage de quelqu'un qui, étant harcelé par l'adversité, tente de la conjurer. Ce doit être une femme malheureuse."
Et plus loin, à propos de la même femme, feignant l'innocence, qui entre nue dans la source thermale saturée de buée où flotte notre peintre :
"La vapeur qui remplit la salle, après l'avoir saturée, ne cesse de rejaillir. La lampe diffusait sa pénombre dans la nuit du printemps et irisait l'air de toute la pièce qui vibrait délicatement ; au fond de ces nuées, se dessine peu à peu une figure pâle dont la chevelure noire paraît estompée. Regardez ses contours.

Les deux côtés de sa nuque se resseraient légèrement vers l'intérieur et ces lignes qui descendaient avec naturel vers les épaules se courbaient ensuite selon une douce rondeur et prenaient leur élan jusqu'à se diviser peut-être en cinq doigts. Sous ses seins libres et potelés, les ondulations se retirent un instant avant de déferler, en faisant paisiblement apparaître un bas-ventre lisse et ferme. Le resserrement des formes semble se poursuivre vers l'arrière et à l'endroit où ce mouvement s'interrompt, le corps ainsi partagé se penche légèrement vers l'avant pour reprendre son équilibre. Ses genoux résistent au ploiement de ses jambes et lorsqu'une longue ondulation parvient à la cheville, ses pieds résolvent pacifiquement tous les conflits avec leur plante posée à plat sur le sol. Le monde n'offre pas de combinaison plus compliquée ni aucune autre qui soit pourvue d'une telle unité. Nulle part ailleurs on ne peut trouver de contour plus naturel, plus souple, plus évident, moins pesant. (...)

Ce contour se dessine progressivement dans sa pâleur. Au moment même où je me dis que si elle fait encore un pas, hélas, la chère fée va retomber dans le monde d'ici-bas, sa chevelure verte fait du vent comme la queue d'une tortue divine qui fend les vagues et flotte comme des herbes ployées. En tranchant la vapeur blanche tournoyante, la figure blanche sursaute sur les marches. La voix aigüe d'une femme qui rit résonne dans le couloir et s'éloigne progressivement, abandonnant la pièce au silence. J'avalai la tasse et me redressai en sursaut. Les vagues surprises me frappent la poitrine. L'eau de source qui déborde fait des clapotis."

Mais ce roman est aussi un traité de style, une reflexion sur l'esthétique et sur l'acte de création, sur l'art occidental, tel que Soseki l'a appréhendé alors qu'il était professeur en Angleterre, et sur l'art japonais qu'il retrouve après avoir traversé une crise spirituelle durant laquelle il décide de regagner son pays.

Le roman s'ouvre d'ailleurs sur cette superbe page dont la lucidité n'a certainenement d'égale que la douleur qui l'a fait naître. L'absence des causes sensibles du déchirement sous-jacent dans la description du sentiment lui donne l'apparence d'un précipité de pensée. Désormais universel, car débarrassé de ses circonstances mondaines, il constitue le premier parti pris esthétique du livre, en même temps qu'il s'érige en règle de vie :
"Je gravissais un sentier de montagne en me disant : à user de son intelligence, on ne risque guère d'arrondir les angles. À naviguer sur les eaux de la sensibilité, on s'expose à se laisset emporter. À imposer sa volonté, on finit par se sentir à l'étroit. Bref, il n'est pas commode de vivre sur la terre des hommes.

Lorsque le mal de vivre s'accroît, l'envie vous prend de vous installer dans un endroit paisible. Dès que vous avez compris qu'il est partout difficile de vivre, alors naît la poésie et advient la peinture.

Le monde humain n'a été créé ni par les dieux ni par les démons. Après tout, ce sont des personnes ordinaires, comme vos voisins immédiats. S'il est difficile de vivre dans ce monde humain que des hommes ordinaires ont créé, il ne devrait pas subsister de pays où s'installer. Il ne reste plus qu'à se rendre dans un pays sans hommes. Or, il doit être plus dur de vivre dans le pays sans hommes que dans le monde humain.

Puisqu'il est difficile de vivre dans ce monde que l'on ne peut quitter, il faut le rendre un tant soit peu confortable, afin que la vie éphémère y soit vivable, ne fût-ce qu'un laps de temps éphémère. C'est alors que se déclare la vocation su poète, c'est alors que se révèle la mission du peintre. Tout artiste est précieux car il apaise le monde humain et enrichit le coeur des hommes.

Ce qui débarrasse de tout ennui ce monde, où il est difficile de vivre, et projette sous vos yeux un monde de grâce, c'est la poésie, c'est la peinture. Ou encore, c'est la musique et la sculpture. Pour être exact, il ne s'agit pas de projeter le monde. Il suffit d'y poser son regard directement. C'est là que naît la poésie et c'est là que le chant s'élève. Même si l'idée n'est pas couchée par écrit, le son du cristal résonne dans le coeur. Même si la peinture n'est pas étalée sur la toile, l'éclat des couleurs se reflète dans le regard intérieur. Il suffit de contempler le monde où l'on vit, et de contenir, avec pureté et clarté, dans l'appareil photographique de l'esprit, le monde d'ici-bas, futile et chaotique. C'est pourquoi un poète anonyme qui n'a pas écrit un seul vers, un peintre obscur qui n'a pas peint une seule toile, sont plus heureux qu'un millionnaire, qu'un prince, que toutes les célébrités du monde trivial, car les premiers savent observer la vie, peuvent s'abstraire de toute préoccupation, sont en mesure d'entrer dans le monde de la pureté, de construire l'univers unique et de balayer les contraintes de l'égoïsme.

Ayant vécu vingt ans en ce monde, je compris qu'il valait la peine d'y vivre. À vingt-cinq ans, j'ai eu la révélation que la lumière et les ténèbres étaient deux faces d'une même réalité et que partout où naît la lumière, de l'ombre tombe sur nous. Aujourd'hui, à trente ans, voici ce que je pense : ... Plus profonde est la joie, plus profonde est la mélancolie ; plus grand est le plaisir, plus grande est la souffrance. Si on veut les séparer, on ne tient pas le coup. Si on veut s'en défaire, c'est le monde qui vacille. L'argent est important et les choses d'importance, si elles s'accumulent, nous poursuivent jusque dans notre sommeil. L'amour rend heureux, mais lorsque ce bonheur de l'amour augmente, on a la nostalgie du passé où l'on n'aimait pas encore. Un homme d'État porte sur les épaules des millions d'hommes. Il soutient sur le dos l'énorme poids du monde. On regrette de manquer d'exquis repas. Si l'on y goûte à peine, on n'est jamais rassasié. Et si l'on dévore jusqu'à satiété, on a de désagréables relents..."
J'aimerais encore citer d'autres passages, mais je sais qu'il est incommode de lire sur un écran, et moi même je préfère le quitter maintenant, laisser là la colère électrique et retrouver le silence des pages, en vous invitant au passage, si vous avez envie de prendre de la hauteur sur le cours des choses quotidiennes et de sentir s'étendre en vous le vent de la poésie, de vous rendre à votre tour à l'intérieur de ce livre original et puissant et de vous laisser vous y perdre en montagne, jusqu'à ce que vous rencontriez une auberge déserte à l'extérieur de laquelle fume une théière de fonte...

18 mai 2009

Trois heures et demie de marche dans la montagne hier, avec Égide, Léonard, Oswald et Claude, jusqu'au lac artificiel de Rwegura, à 20 kms d'ici, qui alimente la centrale hydroélectrique de la région, dont l'énergie produite est consommée jusqu'à Bujumbura.

Heureusement, la pluie est tombée au km 20, à cent mètres des maisons des techniciens de la REGIDESO, qui nous ont accueilli. Quelques heures plus tard, à l'arrière d'un pick-up, sous des trombes d'eau, on parcourait à rebours la distance devenue incroyable qui nous séparait de Kayanza.



15 mai 2009

Nouvelle Star !

Non non, vous ne rêvez pas !

Vous avez bien lu...

Il n'y a pas de trucage, c'est un vrai magazine ! Pas de photoshop, enfin... si forcément, mais en tout cas le résultat est là, en toutes lettres...

En pleine couverture de...

Mais non... Parents magazine !



Après le succès international de son papa sur la NHK et l'avènement prochain de la future black bomb du R'n'B (je sais... ça n'a rien à voir avec le R'n'B, mais ça fait plus huntz huntz, c'est tout...), voici dans toutes les villes de France et de Navarre, exposés en grand sur les murs, les beaux yeux de mer de Thaë !

Courez vite acheter le votre et bénéficiez de cette offre irrésistible en ces temps humides, un bavoir 100 % coton bio, yéé !







© photo : Marc Plantec / © stylisme : Julie Nivert

On sent une certaine influence japonaise quand même...

03 mai 2009

Aragon ou l'esthétique amoureuse d'un idéal poétique

Le 25 avril dernier, l’émission Une vie, une oeuvre, sur France Culture, était consacrée à Aragon. On a pu y entendre notamment Olivier Barbarant, qui a rassemblé les oeuvres complètes d'Aragon dans la collection de la Pléiade, auteur aussi de La mémoire et l'excès, ouvrage qui propose une relecture de la totalité de son oeuvre poétique, au-delà des ambiguïtés du personnage et du mythe qui l’entoure, et Josiane Savigneau, qui rédige en ce moment une biographie d'Aragon, à paraître chez Gallimard fin 2010.

Je me demandais justement pourquoi il n'existe toujours pas de biographie récente d'un homme d'une ampleur telle qu'Aragon, dans sa vie et dans son oeuvre. Il en existe bien une, de Pierre Daix, ami de l’écrivain et communiste lui-même, parue du vivant d’Aragon, en 1975, sans sa complicité, puis remaniée en 1994. Cependant, bien que cette biographie ait été écrite par un proche collaborateur d’Aragon — de 1948 à 1972 — et que la seconde édition bénéficie des commentaires qu’il avait faits sur la première, elle ne fait pas l’unanimité. Il était temps qu'un regard neuf vienne la compléter. C'est ce qui est, difficilement, en train d'être fait.

Car vouloir retracer de manière fidèle la vie d'Aragon est volonté de faire mentir l'impossible. L'homme du mentir-vrai, l'homme aux mille visages derrière autant de masques, le jeune homme de la Grande Guerre, le poète romantique dans la révolte surréaliste de l'après-guerre, le dandy séducteur, l'amoureux fou d'Elsa, le provocateur, le constant troubadour du mythe d'Elsa, l'homme que le désir déchire et qui cherche auprès d'autres hommes à en sonder les profondeurs, l'homme politique, le communiste, le vilipendeur de traîtres à la fin de la Deuxième Guerre, le poète résistant, le journaliste, le critique, l'esprit lucide sur son époque ou au contraire l'homme enchaîné à sa fidélité totale au parti, l'homme, enfin, simplement, au travers de son temps, de sa vie, marqué à vif, et plusieurs fois, sur les mêmes cicatrices par les profonds tourments de l'histoire, comme une porte douloureusement tourne sur ses gonds pour ouvrir le passage du XIXe siècle à la France moderne ; Aragon est tous ceux-là et aucun à la fois. Il devait en être de même de Victor Hugo, au siècle précédent, mais Aragon est de notre temps, ce qui me trouble et me fascine d'autant plus. Son chant est une variation protéiforme de l'écho du monde dans lequel nous vivons, toujours et à jamais résolument moderne dans certains de ses aspects qui prennent corps dans un siècle pour résonner bien au-delà.

Si je cite Hugo, c'est bien sûr à dessein. Je fais référence ici encore à la richesse du personnage, du poète, du romancier, de l'homme politique, mais pas seulement. La poésie d'Hugo a renouvelé son siècle, elle est la voix du romantisme classique actuel, sur lequel d'ailleurs les surréalistes ont remis la lumière. Aragon à ce propos ne dit-il pas, dans les entretiens avec Francis Crémieux, en 1963 :
« Ce qui fut le mérite du surréalisme, c'est d'avoir, arrivé à un certain point polémique de la discussion qui avait lieu à cette époque, et qui portait le nom de DADA, un certain point polémique de son activité négatrice, d'avoir proclamé l'étendue du domaine poétique dans le passé comme dans le présent, d'avoir ramené la lumière sur ces domaines, braqué des projecteurs nouveaux sur des oeuvres et des hommes qui risquaient de s'enliser dans l'oubli, la négligence, l'incompréhension, l'ignorance. Vous savez, nous étions en un temps où Rimbaud avait droit, dans le livre dans lequel on préparait le bachot, c'est-à-dire le Lansson, à une note à une note. (...) Mais quelle place donnait-on à Rimbaud, Lautréamont ou Jarry ? La place d'excentriques, et c'est tout. Hugo n'était plus un poète pour les gens. Est-ce que l'on sait seulement que ce sont les surréalistes qui ont remis la lumière sur Hugo ? (...) Notre action consistait à empêcher les choses à passer dans la vieillerie poétique, à rendre jeunesse à la vieillerie poétique. D'une certaine façon, le surréalisme était un extraordinaire élixir de jouvence pour les éléments de la poésie. »
La poésie d'Aragon a elle aussi renouvelé son siècle et créé un romantisme moderne. La naissance de sa voix poétique dans le Crève-coeur, dans les années quarante, et telle qu'elle se développera dès lors dans les autres recueils, après cinq années où elle s'était tue, marque en effet, à travers le retour du chant du poète dans une France déchirée par la guerre, la renaissance d'un romantisme français moderne dont les racines s'étendent au-delà de Victor Hugo jusqu'au Moyen-Âge et à l'amour courtois du XIIe siècle.

C'est bien là le propre du génie : De quelque part qu'on tente d'envisager Aragon, chacune des parties qui le constituent créé un univers d'une ampleur telle qu'il semble se suffire à lui-même, mais qui pourtant n'ont de sens véritable que dans ce qui les relie les unes aux autres.

Lui-même ainsi s'explique :
« C'est que la vie d'un homme, enfin... on aime autant qu'elle soit prise comme un tout. Peut-être aussi ai-je plus souffert dans mon existence de la façon qu'ont eue mes contemporains d'opposer telle part de ma vie à telle autre. Non pas que j'ai beaucoup varié dans ma vie, mais enfin, je ne pense pas à soixante ans ce que je pensais à dix ni même ce que je pensais à vingt-huit. Et pour cette raison, tout le long de ma vie, on m'a opposé des textes que j'ai signés dans ma jeunesse, textes que je ne désavoue pas, ils étaient l'expression, je crois honnête, du développement de ma pensée. »
Prenez le romancier ou prenez le poète, toute une vie saurait être trop peu pour en sonder toutes les richesses. Malgré les bateaux, les foreuses, les sous-marins, la mer conserve toujours ses plus profonds secrets. Aragon dans son oeuvre est de ceux-là, au-delà des polémiques ; un univers poétique immense et qui partant garde autour de la lumière qu'il accueille sur lui-même une part plus grande de mystère.

On comprend d'ailleurs ainsi qu'un homme aussi complexe, dont chaque aspect pris séparément aurait pu faire la vie d'autant d'autres, ait suscité de son vivant tant de controverses et qu'aujourd'hui, quoi qu'on en dise, l’homme encore dérange. Car nous vivons une époque qui se défie des génies, trop coûteux à comprendre, trop grands, trop présents à différents sommets de l'Histoire et, encore, différemment, trop fins aussi peut-être, tout simplement. Il nous faut des artistes du moment, une écriture courte, rapide, ramassée, qui parle au milieu du bruit, qui parle même quand on n'a pas le temps, qui parle comme soi-même on s'entend ; une écriture qui adopte le parler du temps et qui change avec lui. Alors on garde d'Aragon ce que le temps justement, dans sa constance, nous oblige à ne pouvoir ignorer : les poèmes qui résonnent dans les chansons et deux ou trois facettes facilement opposables : le surréaliste, le poète à Elsa, l'écrivain réaliste ou le communiste farouche.

L’émission de France culture en a retenu deux : le poète amoureux d’Elsa et le communiste. Bien que la qualité des propos tenus par les intervenants fasse de cette émission une introduction intéressante pour qui ne connaît ni l’homme ni son oeuvre, une heure ne suffit pas à aller au bout de toutes les questions soulevées et notamment de celle, fondamentale dans la vie d’Aragon, que constitue sa relation à Elsa. Il confie à Francis Crémieux :
« Tout ce que j’ai jamais écrit a été la recherche de la réponse posée par le bonheur de l’homme et de la femme, et pour les peuples et pour les amants. »
L’oeuvre poétique — et romanesque — d’Aragon est traversée par une certaine expression de l’amour et ce, dès les premiers écrits, bien avant sa rencontre avec Elsa en novembre 1928. Si les débuts traitent des miracles foisonnants de l’amour, du désir partout comme un reflet sur chaque objet du monde sensible, souvent dans une vision triangulaire indifférenciée des rapports hommes/femmes (Les Aventures de Télémaque, Le libertinage, Le Paysan de Paris, La Défense de l’infini, etc.) le romantisme qui s’exprime ensuite progressivement s’affirmera à partir de la thématique revisitée de l’amour courtois, dans les années quarante. C’est avec le Crève-coeur en effet, en 1941, dont Elsa est avant tout la dédicataire, mais dont le nom apparaît pour la première fois dans le dernier poème, Elsa je t’aime, puis surtout avec Les Yeux d’Elsa, en 1942, que commence ce qu’Olivier Barbarant appelle très justement « l’assomption d’Elsa » et dont l’apothéose sera Le Fou d’Elsa, en 1963. Mais de quel amour s’agit-il ici ? L’expression de l’amour chez Aragon a ceci de profondément troublant qu’à mesure qu’il construit le mythe d’Elsa, qu’il lui érige des statues en poèmes, qu’il en fait le symbole absolu de la femme aimée, jusqu’à en faire un substitut mystique de l’essence divine et créatrice de l’homme, son expression est toujours traversée par le déchirement que représente l’impossibilité de vivre cet amour, par la douleur de l’impossible vie commune, par « l’impossibilité du bonheur dans le malheur commun » comme le dit Aragon lui-même. Alors qu’il met tout son génie et sa virtuosité à créer les plus belles images qui aient jamais représenté le trouble entier de l’être devant l’être aimée, alors que ces images existent aujourd’hui bel et bien et qu’elles répondent à l’amour vécu dans le coeur d’autres hommes, le couple, dans sa vie quotidienne existait bien en deçà de l’idéal chanté par le poète. Qu’Aragon n’ait véritablement vécu ses sentiments que par le prisme de l’écriture, qu’Elsa ait longtemps souffert de cette élévation progressive au rang de statue déifiée, qui pourtant était érigée à sa gloire, il y a là quelque chose du tragique qui traverse l’oeuvre d’Aragon, mais bien aussi sa vie, et qu’Olivier Barbarant résume très bien ainsi : « Finalement, ce sentiment d’être avec une énigme, d’être avec quelqu’un qui échappe en permanence, Aragon en dit la souffrance et Elsa la vivait. » Souffrance qui trouve son expression la plus douloureuse dans cette lettre qu’Elsa écrit à son mari et qu’il mentionne, de manière voilée, dans Blanche ou l’oubli, en 1967 :
« Il n’est pas facile de te parler, tu sembles oublier que nous vivons l’épilogue de notre vie, qu’ensuite il n’y aura plus rien à dire, et l’index même d’autres le liront, pas nous. Je te reproche de vivre depuis trente-cinq ans comme si tu avais à courir pour éteindre un feu. Dans ta course, il ne faut surtout pas te déranger, ni te devancer, ni t’emboîter le pas, ni te suivre, quel que soit l’ouvrage. Aussi bien couper des branches sèches. Il ne faut surtout pas s’aviser de faire quoi que ce soit avec toi. Ensemble, cette dernière entreprise est bien ce que j’ai vécu de plus affreusement triste. Le plaisir normal de faire quelque chose ensemble, tu ne le connais pas. Un mot anodin à ce sujet et tu te mets à m’expliquer la montagne de choses que tu as à faire. En somme, rien de changé depuis l’exposition anticoloniale. Pourtant, il serait peut-être aussi urgent de parfois nous “rencontrer”. Il nous reste extrêmement peu de temps, et tu le sais, mieux que quiconque. Mon Dieu ! ce que la sérénité me manque... »
Pourtant, j’aurais quelque réserve à affirmer, à la suite d’Olivier Barbarant que « le meilleur guide dans la vie du couple ou dans l’analyse de la passion c’est peut-être davantage Elsa Triolet » qu’Aragon. On l’a dit, elle s’agace de cette position si idéale dans l’art poétique d’Aragon qu’elle en devient désincarnée, de cette figure d’elle-même qui lui fait de l’ombre, allant jusqu’à dire qu’il n’y a rien là-dedans de la vie de leur couple. Or on sait très bien qu’il n’en est rien. Même si la figure d’Elsa se pare d’une aura d’absolu que la vie quotidienne ne permet pas de tenir, les poèmes où elle figure n’en sont pas moins une tentative pour Aragon d’exprimer son amour pour et au-delà d’Elsa, mais en nourrissant l’absolu qu’il construit d’événements bien réels. Il en est ainsi de tous les poèmes où Elsa figure. Et il est de ce fait peut-être vain de chercher à démêler le vrai du faux, le construit du vécu, l’idéal de sa source ordinaire, car même si cet amour n’est vécu que dans le champ de son existence littéraire, il n’en est pas moins réel, du moins pour l’auteur. Elsa en donne la version quotidienne, la douleur d’un vécu plus réel, cette douleur qui témoigne de la distance croissante entre l’idéal et son modèle, qui finalement veut faire taire le poème. C’est là pour moi tout le drame du couple au-delà même d’Aragon et d’Elsa. Pas un plus que l’autre n’est le meilleur guide d’eux-mêmes qu’eux-mêmes réunis, mais ils ont en main des cartes contraires pour se dire, des cartes complémentaires certes, mais dont le bénéficiaire ne sera jamais que le tiers qui les réunit pour les confronter à sa propre expérience, jamais eux-mêmes. On peut imaginer que la rivale éponyme des poèmes a fait naître souffrance et frustrations chez la personne réelle, et qu’à mesure que s’érigeait sa statue le modèle a craint de disparaître dans son ombre, davantage encore lorsque le public s’est mis à en chanter les louanges et que la critique a commencé à en examiner les fondations. Et il est vrai que dans une certaine mesure, Elsa qui existait pour Aragon était avant tout celle qu’il construisait peu à peu d’une argile mêlée d’amour et de souffrance. Il aura fallu du courage à cette femme pour exister en dehors de l’ombre que faisait peser sur elle la célébration amoureuse d’Elsa partout, mais Olivier Barbarant rappelle avec justesse qu’Elsa n’était pas seulement la victime de cette entreprise amoureuse totale, mais aussi son instigatrice.

Ce qu’on pourrait appeler l’erreur d’Aragon, s’il avait été intéressé par trouver dans son quotidien les moyens de vivre son amour, mais qui n’en est pas une en réalité, puisque cette souffrance même et la constitution d’un idéal poétique étaient sa manière à lui, bien réelle, de vivre cet amour, non pas cette erreur donc, mais au moins cette douleur de donner chair à l’idéal ou de ne pas le trouver assez en la personne aimée, vient précisément du fait qu’il a fait d’Elsa un totem, qu’elle devient au fil de son oeuvre poétique non plus un être de chair, mais l’abstraction de l’amour même, un idéal qui devient mystique dans Le Fou d’Elsa ; en d’autres termes, une Sainte Vierge, pure, mais inatteignable.

Dans ses entretiens avec Francis Crémieux, Aragon d’ailleurs évoque l’enjeu avant tout esthétique que revêt la figure d’Elsa dans Le Fou d’Elsa, mais aussi désormais dans la totalité de son oeuvre poétique. Elsa qui devient « une conception philosophique de l’existence » et qui dès lors s’éloigne encore un peu plus de la femme avec qui il partage un appartement rue de Varennes :
« C’est probablement la raison principale de l’écriture du Fou d’Elsa. Je n’ai pas voulu (...) qu’on en reste à ce sujet, à une explication, comment dirais-je... purement quotidienne de cette affaire. Car, pour les gens, bon, il parle de sa femme. C’est pour les uns un scandale, pour les autres une chose touchante ; la question n’est pas là. Ça, c’est l’aspect extérieur des choses. Mais quand je parle d’Elsa et de la réalité de ma vie, il est bien certain qu’il y a là derrière, pour moi, autre chose, non pas quelqu’un d’autre, mais autre chose que le lyrisme habituel. Ceci est lié à une conception philosophique de l’existence et c’est cette conception même qui est en cause dans le Fou d’Elsa et qui a nécessité une plus grande ampleur pour moi parce que j’ai dû donner à cette explication les possibilités de revenir en arrière et d’éclairer différemment, pour les gens qui ne l’ont pas vu, ce qu’était le poème d’amour, comme on dit, dans mon oeuvre passée. »
Le problème qui se pose, au-delà d’Aragon, est bien celui de cette « conception philosophique de l’existence » car, au final, toute philosophie n’est valable que si elle est vécue... Déjà dans la Leçon de Ribérac, traité de style en exergue des Yeux d’Elsa, Aragon avait cherché à remettre en avant la morale de l’amour courtois, qui place l’amant au service de sa dame, contre le fascisme de l’époque qui mettait la morale de l’homme au-dessus de celle de la femme. Avec Le Fou d’Elsa, Aragon va beaucoup plus loin cependant puisqu’il donne désormais à l’idée de la femme une signification encore plus absolue, inspirée des mystiques soufis du XVe siècle. Si elle est toujours bien au-dessus de l’homme, la femme dans son essence devient désormais le principe même par lequel l’homme est créé. Parler de mysticisme chez Aragon peut paraître paradoxal, pourtant il s’en explique ainsi :
« Il faut bien s’entendre sur les choses que signifient les mots, pour commencer. Le mysticisme, à s’en remettre simplement au Petit Larousse, est “la voix de la perfection par la contemplation divine”, et on sait que telle ne peut pas être la voix de ma poésie. Cependant, cherchons chez les mystiques arabes l’expression typique de ce qui rapproche, disons, Le Fou d’Elsa, de l’expression mystique. Un des plus grands mystiques arabes, Ibn Arabi, a dit : “Un être n’aime en réalité personne d’autre que son créateur.” C’est une chose que l’on peut comprendre de façons différentes. Personnellement, je connais qui j’aime, mais je ne connais pas mon créateur. Pour interpréter donc, d’une façon conforme à la réalité, la pensée d’Ibn Arabi, ne faudrait-il pas renverser la proposition et dire : “Qui j’aime me crée” ? Ceci est la proposition mystique remise sur ses pieds. C’est la définition du rôle même de la femme, l’explication de l’attitude du Fou, qui lui, à Grenade, est taxé d’idolâtrie. (…) Cela signifie pour moi, évidemment, que dans l’objet même de mon amour, se trouve le principe même par quoi je suis créé, c’est-à-dire que je deviens moi, moi et non pas un autre, moi l’homme, et non la brute que j’étais. »
Je le rejoins entièrement sur l’idée qu’il exprime ici de l’amour comme d’un enfantement mutuel et qui trouve sa plus belle illustration dans les vers suivants :
Ce double mystère parmi
Les connaissances triomphantes
Ma femme sans fin que j’enfante
Au monde par qui je suis mis
Je suis séduit aussi par l’idée qu’il exprime de la mystique et de l’essence féminine de la spiritualité, qui rejoint en ce sens l’expression qu’en donnait un autre grand mystique indien, Ramakrishna :
« L’homme est placé, suivant les soufis, mystiques de l’Islam, comme l’intermédiaire entre l’essence dont il émane, qui est un féminin, et la femme qui émane de lui. Et quel que soit le principe premier de la création, pour les soufis, même si c’est Dieu, Dieu ici est un féminin car il est La Cause. Ainsi pour l’Islam même, au moins chez les mystiques, le principe féminin est tenu pour l’origine du monde, pour l’origine de l’homme. Il est donc naturel de dire de lui qu’il “créé l’homme.” »
Mais je regrette qu’il donne ensuite à ce principe qui assimile la femme à Dieu le nom de la femme qu’il aime, car alors Elsa renvoie à des figures qui ne seront jamais plus congruentes mais toujours opposées :

« Les paroles adressées à Dieu s’adressent dans ces conditions, naturellement, à la femme aimée. Et comme dit le Fou : “il n’y a pas de différence de la prière et du chant” », si ce n’est un certain principe de réalité précisément, d’où naît la douleur de l’impossible vivre à deux. Aragon poursuit ainsi :
« [Le Fou] tourne ce que les musulmans appellent leur qibla, c’est-à-dire leur prière, vers le lieu où se trouve cette femme. (...) Comme vous le savez, le musulman se tourne vers La Mecque, La Mecque est sa qibla. De même, lui, le Fou, se tourne vers le lieu où se trouve cette femme dont il parle, en d’autres termes, Elsa. (...) La mystique a changé de sens, elle est devenue la poésie. Ce qui était la grandeur de la mystique, on reconnaît que c’était le fait de la poésie tournée à Dieu, et moi, je tourne la poésie à la femme, je tourne ma qibla vers Elsa. »
Elsa est ainsi devenue un totem, la porte ouvrant sur un idéal poétique, ne conservant désormais de son pendant réel que les cinq lettres de son prénom. L’aboutissement de l’esthétique poétique d’Aragon est donc aussi celui de l’impossible accès à l’autre, de la solitude au sein du couple qui fera dire à Elsa dans sa lettre qu’ils sont passés l’un à côté de l’autre.

Cette faille chez Aragon du principe de réalité qui s’échappe, insaisissable, au profit d’un principe esthétique est, je pense, aussi à l’origine de sa bisexualité, sur laquelle on n’a pas fini de gloser. Il serait incorrect de voir dans les penchants homosexuels d’Aragon à la fin de sa vie, une espèce de libération après la mort d’Elsa visant à conserver intact le mythe de l’être aimée, car comme le dit Jean Ristat, cette tendance a toujours accompagné Aragon ; ces tentations à côté de l’existence d’Elsa, Elsa les connaissait. En revanche, une fois la femme devenue statue, puis enfin déesse, elle en devient par la même intouchable et le désir homosexuel peut être alors une manière de vivre dans la chair ce que l’idéal esthétique ne permet pas. C’est peut-être ici essentiellement que la notion du désir s’oppose à celle de l’amour. Cette explication psychanalytique de l’homosexualité d’Aragon ne peut pourtant pas être à elle seule satisfaisante. Plutôt que d’homosexualité, il faut parler de bisexualité chez Aragon, car on ne peut remettre en cause son amour pour les femmes, et pour Elsa en particulier, idéalisé certes, mais pas seulement. À l’instar de Franck Merger, qui a publié en 2003 un article intitulé Surréalisme et homosexualité : la position d’Aragon dans Le Libertinage (1924) et La Défense de l’infini (1923-1928), je pense que sa bisexualité participait aussi d’un idéal pour Aragon. On en retrouve d’ailleurs des échos dans son oeuvre. Pour Olivier Barbarant, ce trouble affleure dans les poèmes, non pas au niveau du sens premier de ce qui est dit, mais au niveau du rythme. Il n’évoque cependant pas l’oeuvre romanesque, dans laquelle l’écriture laisse apparaître le thème homosexuel de manière plus évidente, et celui de l’ambivalence sexuelle dans l’orgie comme d’une quête de l’infini. L’homosexualité, non comme une posture esthétique indépendante, difficilement défendable en regard de la sacralisation de la femme qu’il construit, mais participant d’une réflexion plus vaste sur le désir, comme découlant de l’orgie donc, dont l’indifférenciation des corps permet l’expression de l’absolu du désir dans la dissolution de l’individualité, et de son infini, en d’autres termes, le pur principe du désir, au-delà des restrictions que l’amour seul impose.

Je recommande la lecture de cet article dont le travail herméneutique sur les textes qu’il se propose d’étudier éclaire d’une lumière particulière la question de l’homosexualité à l’époque, dans la vie et dans l’oeuvre d’Aragon.

22 avril 2009

Intermède

Changeons un peu de sujet.

J'ai passé une journée délicieuse dimanche dernier, dans le silence ensoleillé de ma chambre à Muyange. C'était la première fois que j'étais vraiment seul, le premier regroupement IFADEM s'étant terminé la veille. Et mine de rien, ça fait aussi du bien d'être seul, d'avoir un peu le loisir de revenir sur tous ces événements, passés, présents.

J'ai lu. J'ai fini un livre, dont je parlerai sans doute ici, sur ce qui s'est passé pas très loin. Une lumière obscure qui n'en éclaire pas moins une partie du contexte où je vis, mais que l'actualité tend à rendre moins visible aujourd'hui.

Mon journal ouvert en décembre 2007.

Aragon aussi, et la notice des Yeux d'Elsa qui permet d'en comprendre le contexte, encore une fois, dans lequel est née la renaissance de son écriture poétique et la naissance d'un chant national, depuis Le Crève-coeur. La force du poème éponyme... La Nuit de Dunkerque, Plus belle que les larmes, Le Cantique à Elsa et tous les autres, qui s'agencent dans le recueil comme autant de rouages participants d'une vision nouvelle et combattante.

J'écoutais Hélène Martin qui comme personne sait chanter Aragon, et son Journal d'une voix dans lequel elle retrace en poésie le parcours de son chant à elle.

Je suis redescendu sur terre. J'ai relu mes notes, confronté ma problématique aux nouvelles données récoltées, supprimé ce que je n'avais pas encore les moyens de comprendre il y a quelques semaines et terminé la note de synthèse sur le premier regroupement pour PJ Loiret.

J'ai commencé la rédaction d'une histoire amusante, un projet avec Maya..

En ouvrant une note écrite à la relecture de la pièce de Calderon, La Vie est un songe, j'ai retrouvé certaines pensées que j'avais posées là un soir oublié.

Elles ont pris la forme d'un petit poème, que je soumets ici, et que j'accompagne du chant d'Hélène Martin, qui ne m'a pas quitté.

D'autres petites choses aussi, mais je suis en train de faire un site... J'en donnerai l'adresse quand il sera terminé.


Hélène Martin chante Aragon

LES JOUEURS DE CARTES

Nous sommes les images des rêves qui nous traversent
Nuées de nos désirs et de leurs cendres
Elles meurent sans cesse avant que renaissent et nous brûlent à nouveau
Nous qui est avant nous celui qui l’homme habite
Et qui toujours remplit les verres
Nous sommes des joueurs ivres débordant de colère
D’amour et de détresse
D’ignorance et d’hypnose
Nous nous fondons en l'autre quand le trop-plein fait rage
Non parce que nous voulons donner ou prendre quelque chose
Mais parce que nous ne savons rien contenir de l’orage
Et quand l’alarme vient de qui nos coeurs résonnent
Nous ne sommes plus rien que désir ne façonne
Une route
Un chemin
C’est là qu’il va fleurir
C’est sa nouvelle aurore
Amour
Désir
L'un est le jardinier de la nature de l'autre