25 avril 2008

XX


L'intuition était bonne... 

Blonde Redhead - Girl Boy

29 mars 2008

The Pantz @ Show Boat !!






The Pantz - Deep Wood


[EDIT]
Un petit morceau de vidéo mal coupée au son moisi pour vous donner une idée malgré tout du concert, et faire honneur surtout aux autres membres du groupe.. Merci les Pantz !!

17 mars 2008

Jedes Ende ist auch ein Anfang


TV Show - The Pantz

Histoire de finir en beauté, mes amis des Pantz m'ont invité à jouer avec eux le 27 mars a Koenji, dans l'antre des gens drôles et des drôles de gens.... Jouer des tablas dans un vrai groupe de rock à Tokyo 3 jours avant de partir, je dois dire que même Jean-Michel Jarre aura pas fait mieux ! 

11 mars 2008

Happy Days



Les romanesques - Mademoizelle !

03 mars 2008

La dernière séance 6/6

La réponse ne tarda pas à venir :
- Mon nouveau prof de français, qui est acteur secondaire dans un film d'un réalisateur très connu, mais je suis sûre que vous ne connaissez pas de toute façon, il n'a pas regardé son portable pendant le cours quand il a sonné, et j'imagine que c'était important aussi parce qu’il est acteur secondaire dans un film très connu ! D’ailleurs en ce moment il tourne… Il n'est pas là cette semaine. C’est pour ça que… 

C'était donc ça ! Elle avait trouvé sa nouvelle coqueluche ! Du coup exit ! Bye-bye ! Sayonara Franz de la NHK qui ne fait même plus partie de la NHK en plus ! C'était en somme pas si bête à comprendre, sauf qu'encore une fois rien n'était dit... 

Je fis mine de ne pas relever et corrigeai les dernières phrases sans intérêt de son cahier, trois petites phrases, puis elle me dit :
- Voilà, c'est tout…
Il restait un quart d'heure de cours, mais ce « c'est tout » avait eu le claquement de la guillotine sur le billot. L’air était moite, la tension palpable et le café bu depuis longtemps, mais tout ça toujours mine de rien, bien sûr… 

Je repris son cahier comme on chasse les mouches et me replongeai dans l’étude de ses erreurs. Dix minutes plus tard, nous descendions, je payai et nous sortîmes. 
Dans la rue, elle me dit nonchalante, mais la lèvre tremblante quand même encore un peu : 
- Bon… à bientôt… Bon courage !
Et elle tourna les talons. 
Cette fois je ne pus pas faire semblant de ne pas comprendre que c'était le dernier cours... 

01 mars 2008

La dernière séance 5/6

Et là ce fut le drame, l’arrivée impromptue dans l’œil du cyclone qui balaya d’un grondement rauque ce qui n’avait alors été que de timides bourrasques. Ses narines se gonflèrent, ses yeux s’écarquillèrent tant qu’une lentille tomba dans sa tasse de café. Ils étaient humides et gris ses yeux, et elle était prise de tics étranges. Le coin de sa lèvre supérieure droite remontait avec l’affectation vulgaire des babines d'un chien en rogne, mais de manière beaucoup plus spasmodique. J’assistais à un spectacle inouï. Allait-elle pleurer ? Ou bien allait-elle saisir une paire de baguettes et me la planter dans les narines ? Je ne pouvais m’empêcher de songer avec regret au mal que se donnerait la blanchisseuse pour venir à bout des tâches de café sur son joli kimono si jamais elle s’effondrait sur la table. Elle se ressaisit juste assez pour bafouiller :
- Mais… mais, mais… parce que… vous !! Vous aviez votre portable sur la table !!! Vous avez regardé un message la semaine dernière quand votre portable à vibré !!!! C'est très une indiscrétion ça !!!! 
- Ah, c'est ça... Mais ça ne vaut pas la peine de vous mettre dans des états pareils, voyons ! Pourquoi ne me l'avez-vous pas dit sur le moment ? Regardez, vous avez mâché ça toute la semaine et maintenant vous êtes toute chiffonnée… C'est vrai, vous avez raison, je n'aurais pas dû. J'attendais une réponse importante, mais j’aurais pu attendre un peu. Je m’excuse… 
- Oui !!! C'est MON cours !!! 
- Je vous ai dit : je suis désolé… Mais vous ne pouvez pas dire quand même que je regarde mon portable à chaque fois. Je ne me souviens pas l’avoir jamais regardé ainsi pendant le cours auparavant ! 
- Mais siiii ! Vous avez votre portable sur la table et vous regardez de temps en temps tout le temps ! 
- Mais non, voyons ! Ca c'est juste quand je n’ai pas ma montre ! La précédente était tombée en panne et je suis resté plusieurs semaines sans. Je ne suis pas pendu à mon portable quand même ! 
- Hem… Ah bon… ? Hum… Ca ne fait rien, non non… (de toute façon…)
- Pardon ? 
- Non-non… rien-rien… ça va-ça va… 
Elle répétait ainsi souvent les mots quand elle était un peu excitée. Autrefois, lorsque nous marchions dans les rues de Yokohama, elle s’arrêtait parfois devant une vitrine ou une figurine collée sur un lampadaire et s’exclamait en battant des mains : « oh ! c’est mignon-mignon ! » Je ne comprenais pas pourquoi elle s'acharnait ainsi sur moi à présent alors qu’elle m’avait toujours fait des petits cadeaux et qu’elle était d’habitude gentille comme une vieille poule. 

29 février 2008

La dernière séance 4/6

Elle affichait un calme hystérique… Je sentais à ce point que tout fumait en elle, mais sans fumée, c’est là tout l’art de la politesse locale. Allait-elle finir par lâcher le gros morceau ou son petit cœur allait-il cesser de battre avant ? Ce qui m'horripile dans les situations de ce genre, ce sont les chemins fourbes empruntés par ces codes doucereux pour exprimer une pensée de la manière la plus indirecte possible. Pourquoi ne m'avait-t-elle pas simplement demandé « pourquoi ne me dites-vous toujours que bonjour quand vous me voyez ? » au lieu d'inventer cette histoire invraisemblable de prof d'anglais et de conclure par un grand écart sans grâce avec la culture française dans lequel j’étais censé comprendre le reproche qui m'était fait ? Diable, des centaines de milliers d'années de vie sociale n'ont toujours pas simplifié l'échange de rapports aussi triviaux... Il faut toujours faire semblant, faire semblant d'être au lieu d'être véritablement. 
Mais le meilleur restait à venir.
- Comment dit-on « switch off your mobile » en français ? Vous savez comme dans euh… les trains par exemple : Please « switch off your mobile » while you're on the train…
- Le contraire de « allumer », qu'est-ce que c'est ? 
- Etendre.
- Non, presque…
- Attendre.
- Non.
- Atteindre ?
- Non…
- Entendre ?
- Non… vous mélangez un peu tout ça et ça donne « éteindre ». Alors on dit « éteignez votre portable s'il vous plaît ».
- Ah, d'accord... 
- ... 
- ... 
Et puis plus rien… Tout était dit apparemment. A moi de comprendre et de porter la croix d’une culpabilité non exprimée. Mais non cocotte, je refuse de me plier aux règles sournoises de ces petits jeux hypocrites. Qu’étais-je censé faire de ça ? Cette consigne implicite selon laquelle je devais deviner ce qu’elle avait dans la tête et agir en fonction ne prendrait pas. C’est insensé et c’est la cause de tant de quiproquos, d’erreurs, de pertes de temps et de rancœurs ravalées autour de moi… N’est-ce pas un des principes fondamentaux de la communication, d’essayer d’exprimer clairement sa pensée afin d’éviter les plus grossiers malentendus ? Eh bien non justement… ce qui est évident quelque part ne l'est pas forcément ailleurs… J’ai pourtant toujours essayé de m’accommoder, de m’adapter au mieux à la culture du pays où je me trouve jusqu’à présent puisqu’il s’agit pour moi de la fonction essentielle du voyage, mais là j’avoue que je restai borné à ne pas vouloir comprendre ce que j’étais censé déduire de ce qu’elle faisait mine de ne pas chercher à me faire comprendre… 
Alors, résigné, mais avec des fleurs dans la voix, j’avançai sur son champ de mines : 
- Mais… dites-moi, pourquoi voulez-vous savoir ça en français ? 

La dernière séance 3/6

- Comment dit-on « small talk » en français ? me demanda-t-elle. 
Méfiant, je lançai :
- « conversation futile… »
- Est-ce que ce n'est pas la même chose en France ? 
Je répondis naïvement :
- Si, si… j’imagine que c’est la même chose en France, vous savez…
Son regard prit soudain l’expression courroucée du mérou flegmatique en danger et elle s’écria : 
- Aâh bôôn ?! Mais vous ne faites pas, vous !
Ayant fini par comprendre la subtilité de l’attaque, je lâchai sans détour :
- Moi, j’aime pas les « smalls talks ».
- Iiiiiiiiiiii !! Mais vous, vous dites simplement « bonjour, ca va ? » quand on se retrouve à la gare ! Comment voulez-vous commencer une discussion comme ça ? Les « small talks », ça permet de montrer son sentiment à la personne !

C’est vrai que je n’ai jamais été un expert en « small talks ». En fait, je n’ai pas cette aisance systématique dans la distribution des compliments et des petits blablas et j’abhorre, je maudis, même j’honnis ces trous d’air conventionnels qui font qu’il faille absolument chercher à combler le silence lorsqu’à une table votre ami vous laisse cinq minutes pour aller aux toilettes au moment où arrivait quelqu’un venu lui rendre un stylo et que vous ne reverrez jamais, ou quand une amie vous invite à un cocktail mondain et qu’elle roule sous la table ivre morte au bout de dix minutes, vous laissant seul face à une rangée de sourire effroyablement polis. 

Du coup, je m’emportai un peu :
- Son sentiment ? Mais quel sentiment ? C'est sincère, vraiment ? L'homme dit à la femme qu'elle a une belle coiffure, mais peut-être qu’il n’en a strictement rien à faire de sa coiffure en fait ! Et la femme ! Elle s'extasie devant la cravate de l’homme, mais est-ce qu’elle la trouve vraiment si belle que ça, sa cravate, qu’elle va courir acheter la même à son mari ? Est-ce vraiment plus important que de demander à la personne comment elle va ? N’est-ce pas là le moyen le plus simple de commencer un échange humain ?
J’avais dû parler trop vite car elle avait la bouche ouverte, mais ne répondait plus. 
- Alors, si vous voulez la prochaine fois je vous dirai que vous avez une belle coiffure… 

27 février 2008

La dernière séance 2/6

Ma délicate amie faisait référence à un événement qui s’était produit trois semaines plus tôt. On m’avait offert deux places pour assister à la célébration musicale du soixantenaire de la mort de Gandhi à une heure et demie en train de Tokyo. Comme le concert tombait un samedi, je lui avais proposé de m’accompagner. Elle était ravie. Après la représentation, dans le train qui nous ramenait en ville, elle me demanda ce que j’avais mangé la veille.
- J’ai cuisiné un curry thaï ! lui lançai-je alors très fier. D’ailleurs je l’ai fini à midi, il en restait…
- Ah bon ! Et qu’est-ce que vous avez mis dedans ?
- Ben… des carottes, des pommes de terre, des pousses de bambou, des champignons, des poivrons, des crevettes…
- C’est tout ?
- Ah ! non, et de l’ail aussi !
- Ah… c’est ça, oui…
- Quoi ?
- Vous sentez l’ail très fort…
- Hem… Euh… merci. Enfin… Ah bon ? Je veux dire… vraiment ?

Alors que je trouve que mes étudiants ont parfois une haleine poussiéreuse, il ne me viendrait jamais à l’idée de leur demander s’ils en consomment ou de leur recommander le port du masque ! D’autant que je l’avais invitée à ce concert, la garce, et que je ne lui donnais pas un cours en tête à tête. Elle semblait trouver cependant un plaisir gamin à insister sur l’innocence de sa remarque :
- Oh, mais ne vous inquiétez pas ! J’ai un très bon nez, c’est tout ! Ca devait être très bon en tout cas… hi hi !
Trahi par l’indiscrétion de mes muqueuses, violé dans l’intimité de mon palais et gêné au plus haut point, j’ouvrai mon livre, me plongeai dans La Défense de l’infini, et ne pipai plus un mot de Hachioji à Tokyo.

A présent je commençais à en avoir mon compte de cette histoire d'ail… C’était peut-être la troisième fois qu’elle m’en parlait depuis cet incident funeste. J’aurais dû me douter que rien n’est jamais anodin chez nos amis japonais. Ignorant du piège, j’optai pour le ton détaché :
- Vous remarquerez que je ne vous ai pas laissé l’occasion de me le dire deux fois !
- Mais c’est tout à fait normal, rétorqua-t-elle d’un ton sec. Ma mère me répétait toujours quand j’étais petite de ne jamais manger d’ail avant de rencontrer quelqu’un.

Je levai un sourcil interrogateur vers mon bourdon boudeur, surpris du claquement de l’air à la fin de sa phrase. Elle faisait méchamment tourner une mèche dans ses doigts en fixant son cahier d’un air morne. Où veut-elle en venir ? me demandai-je. Qu'aurais-je dû faire alors ? Arriver en rampant avec un bouquet de fleurs à notre prochain rendez-vous ? Je tournai la page, perplexe, pour y lire à peu près ceci :

Quand j’apprenais l'anglais, mon professeur nous a dit qu'il ne fallait pas demander son âge à une femme, qu'il ne fallait pas lui demander si elle avait des enfants et ne pas lui demander pourquoi elle n'en avait pas encore, c’est une indiscrétion. De même que lorsque des gens se rencontrent, l'homme dit a la femme qu'elle a une belle coiffure et que ça lui va bien, la femme dit a l'homme qu'il a une belle cravate et que ça lui va bien. Les « small talks » sont importants pour créer des bonnes relations entre les gens.

26 février 2008

La dernière séance 1/6

[Toute ressemblance avec des personnes de la vie réelle est purement fortuite…]

J’avais une étudiante. C’était une femme infantile d’une quarantaine d’année, un peu folle mais toujours très élégante. Elle avait une manière bien à elle de tordre la bouche en réfléchissant qui m’évoquait immanquablement ce que j'imaginais être le baiser des poissons. Elle était artiste peintre à ses heures et travaillait sinon dans une grande entreprise de jeux vidéos. Elle avait fini par représenter à mes yeux le syncrétisme même de l’emballage traditionnel et de la Wii, et si je m’étonnais un peu au début de son excentricité, je m’étais peu à peu attaché à ce que j’avais fini par considérer comme de l’originalité. Elle courait vers nos rendez-vous avec la grâce d’un bourdon aveugle et roulait souvent ses grands yeux avec un charme particulier qui lui en décollait les lentilles. Elle avait alors deux yeux dans chaque orbite et moi j’étais ému de tant d’attention.

Elle était aussi pleine de petites intentions. Comme notre cours se déroulait le samedi, j’avais eu plusieurs fois la malencontreuse déveine de me réveiller avec une vilaine gueule de bois. Ainsi J’arrivais parfois au lieu du rendez-vous la tête lourde, les yeux rouges, mais avec surtout de vagues relents d’alcool apparemment, puisqu’elle avait eu la lumineuse idée de m’offrir un paquet de Fishermen’s Friends le cours suivant. Pourtant, quand elle voyait que j’étais resté sobre deux semaines consécutives, elle m’offrait une petite bouteille d’alcool, soigneusement emmaillotée dans un joli tissu à motifs traditionnel.

J’avais une étudiante, mais je ne l’ai plus. Le papillon s’est transformé en chenille qu’un corbeau phtisique est sans doute allé recracher loin de moi, à mille milles de la banquette du café où nous avions l’habitude de nous retrouver. La dernière fois que je l’ai vue, elle était toute changée. Mettant la nervosité de son regard anormalement immobile sur le compte d’un dérèglement quelconque des paupières, dont la tempête des derniers jours aurait enrayé le mécanisme, j’ouvrais sans y faire plus attention son journal et y lus ceci :

Aujourd'hui j'ai rencontré à Franz à la gare de Hachioji pour aller voir à le concert de classic music. 
Quand il m'a dit bonjour je sentis un fort goût de l'ail
Est-ce qu'il n'aime pas à moi ? 
Est-ce que je suis Dracula ?