Quand Veda s'évada




La véranda l’avait rendue dodue,
La véranda d’où s’évada Veda.
Elle rêvait d’a...
Elle rêvait d’aventures,
De tâter du tourteau,
D’la pie ou du perdreau
Et d’attraper tout crus
Les p’tits oiseaux perdus
Au pied du réséda.


Elle avait, d’habitude, le va-et-vient
Lassant du vain chemin de ronde, autour
Du frigidaire, comme limite à son monde.
La pâtée pas chère posée là,
Par terre, sous la porte du four,
Les miettes, le même paysage
Et le visage des jours
Que l’on connaît déjà.

Loin du ronron lascif de sa vie sage,
Elle voulait voir la vie, la vraie, la blonde
Odeur de l’herbe arrosée le matin,
Et courir au ruisseau, à l’heure
Où rase l’eau le vol des étourneaux.

S’avisant savamment du bon moment,
Le chat si las saisit sa chance, quand
La porte ouvrant sur sa vie de chasseur,
La fit sourire du faux-pas de sa sœur.
Veda vit d’abord, noyés dans les dalles,
Les rayons doux d’un soleil étranger
Dessiner sur le vide un dédale
De rides pareilles aux vagues des marées.
Son coussin, ce radeau irradié d’or,
Tanguait, indolent, au pied des rideaux.

« Méfions-nous, se dit Véda, c’est un sort !
Elles viennent d’Afrique, elles me mènent en bateau.
Et pourtant non, le verrou est ouvert…
Et tout ce vert, et ces rires vers où
Je vais, rebelle, semblent me dire
Que je ne rêve pas !
Allons voir de ce pas
Si ce rare horizon,
Au-delà du gazon,
Est bien celui-là d’où
Naissent ces doux gazous ! »


Il en faut peu pour que les chats s’échappent,
Se dit l’oiseau avant qu’elle ne le happe...

Lalie la vit dare-dare
Filer vers la verdure,
Mais il était trop tard :

Le chat était parti,
L’oiseau aussi, c’est sûr.
Et le chien, c’est malin,
En entendant son cri,
Ne trouva rien de mieux
Que d’aboyer en remuant la queue.


Veda tira la langue
À ce petit bâtard
Et sauta du trottoir
Dans le bleu des fourrés,
Laissant Lalie exsangue
Et sa sœur affolée.


La nuit fut blême et triste, toute noircie de prière.
On implora les dieux, les devi, les deva,
On dit des Notre Père et des je ne sais quoi.
On promit d’être sage, à l’heure, sincère,
De faire le tour de la ville s’il le faut,
À cloche-pied, ou même à dos de chameau,
Et d’écrire cette lettre au vieil ami
Abandonné par peur, par paresse, par oubli.

Pendant que les murmures prenaient ainsi leur vol,
Veda dormait, repue, au loin dans l’herbe molle...


Deux jours à peine et le miracle eut lieu.
Veda revint, ravie, avec aux yeux
La poussière des histoires incroyables
Dont on entendait encore les soupirs atroces
Résonner dans les plis de l’estomac féroce.
Le félin fit l’impasse sur ses prouesses nuptiales
Les chats, c’est bien connu, ont très peu de mémoire :
Elle avait oublié la cause de son départ.



Au matin, sur le sol, il ne restait,
En désordre,
Que quelques larmes,
Un sourire,
Et un tas de promesses...











Illustrations : Maya
Musique : Jodie Holland - Mad Tom of Bedlam

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