L'espace à combler

Voici donc l'histoire d'écho...

Parce que vos voix résonnent sur le temps retrouvé.
Parce que je peux maintenant vous faire suivre les chemins qui mènent aux points suspendus...

J'étais avec Cyril et Guillaume à Shimokitazawa, mon quartier. Tout a commencé par un soir de grand bruit, un de ces soirs révolus qui s'étirent jusqu'à ce que l'aube vous rappelle qu'il est temps d'aller dormir. C'était en été.

Tandis qu'on marchait, du pas hazardeux mais joyeux des soirées finissantes, au hasard des ruelles de Shimokita, on vint à passer sous le Rainbow Gate, frontière entre le nord et le sud du quartier.

J'aime ce pont parce qu'il marque véritablement une frontière entre deux espaces. Il a été peint mille fois, il y a longtemps; il a été griffé, gratté, tamponné; on y a collé des affiches, des papiers, des images dont il reste encore chaque empreinte, et la patine du temps lui a donné ce teint unique des mosaïques impossibles à reproduire. Les colonnes grecques ajoutent un côté kitsch qui éclipse les modes, et les lumières perchées au-dessus, qui diffusent un air jaune, rendent encore plus confortable l'abri.

C'est là qu'on a entendu Echo pour la première fois. Assise sur le trottoir, elle chantait ses chansons. Sa voix résonnait sèche et claire sous les parois du pont. On s'est assis à côté d'elle pour écouter les rebonds de sa voix, fascinés par sa solitude au milieu de la nuit qui semblait n'attendre personne. On est restés longtemps, on a rit, mais le ciel froid du matin nous rattrapant, il a fallu partir. Derrière nous, les lumières du pont s'étaient éteintes...

Au réveil, le lendemain, quelques photos, de courtes séquences vidéos et des prises de sons incomplètes nous permirent de croire à l'illusion de la veille, qu'un mal de tête lancinant semblait vouloir nous faire oublier. On reparla longtemps de cette longue soirée et la semaine suivante, on revint sous le pont, plus tôt, mieux disposés sans doute. Les images se firent moins floues, les prises de sons plus complètes et les échanges moins éphémères.

On y revint encore. Au milieu de cette ville immense, j'étais devenu renard et le pont un champs de blé. Ce pont, qui auparavant n'était qu'une décoration au-dessus de la route qui me ramenait chez moi, commençait à prendre mille autres significations à mesure que j'y rencontrais Echo.


J'y ai découvert sa musique, une atmosphère, d'autres personnes qui passaient là comme nous, et une petite porte ouverte sur mes rêves.


C'était la fin de l'été. Echo a donné un concert et Guillaume est reparti en France. Les fois suivantes, j'étais seul, mais avec mes tablas. Nous nous sommes quittés chaque fois un peu plus contents que la veille. Il n'y a vraiment parfois qu'à laisser faire les choses... Un soir, une flûtiste qui passait sous le pont s'est arrêtée, comme si on avait rendez-vous, et elle s'est jointe à nous. Elle est toujours là aujourd'hui.

Nous sommes donc quatre désormais car il ne faut pas oublier Storm, l'autre guitariste, qui travaille dans un studio de Shimokita, à 10 minutes à pieds de chez moi, et grâce à qui on peut désormais répéter gratuitement deux fois par semaines...

J'ai eu un peu de mal à croire que tout puisse arriver si facilement, mais il semble que cela ne suffise pas encore car les 21 & 28 novembre, nous donnons un concert et Echo me parlait hier d'enregistrer en studio avant les vacances de Noël...


Décidemment, plus je reste ici et plus ça va être difficile de partir...

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