23 février 2007

Quand Veda s'évada




La véranda l’avait rendue dodue,
La véranda d’où s’évada Veda.
Elle rêvait d’a...
Elle rêvait d’aventures,
De tâter du tourteau,
D’la pie ou du perdreau
Et d’attraper tout crus
Les p’tits oiseaux perdus
Au pied du réséda.


Elle avait, d’habitude, le va-et-vient
Lassant du vain chemin de ronde, autour
Du frigidaire, comme limite à son monde.
La pâtée pas chère posée là,
Par terre, sous la porte du four,
Les miettes, le même paysage
Et le visage des jours
Que l’on connaît déjà.

Loin du ronron lascif de sa vie sage,
Elle voulait voir la vie, la vraie, la blonde
Odeur de l’herbe arrosée le matin,
Et courir au ruisseau, à l’heure
Où rase l’eau le vol des étourneaux.

S’avisant savamment du bon moment,
Le chat si las saisit sa chance, quand
La porte ouvrant sur sa vie de chasseur,
La fit sourire du faux-pas de sa sœur.
Veda vit d’abord, noyés dans les dalles,
Les rayons doux d’un soleil étranger
Dessiner sur le vide un dédale
De rides pareilles aux vagues des marées.
Son coussin, ce radeau irradié d’or,
Tanguait, indolent, au pied des rideaux.

« Méfions-nous, se dit Véda, c’est un sort !
Elles viennent d’Afrique, elles me mènent en bateau.
Et pourtant non, le verrou est ouvert…
Et tout ce vert, et ces rires vers où
Je vais, rebelle, semblent me dire
Que je ne rêve pas !
Allons voir de ce pas
Si ce rare horizon,
Au-delà du gazon,
Est bien celui-là d’où
Naissent ces doux gazous ! »


Il en faut peu pour que les chats s’échappent,
Se dit l’oiseau avant qu’elle ne le happe...

Lalie la vit dare-dare
Filer vers la verdure,
Mais il était trop tard :

Le chat était parti,
L’oiseau aussi, c’est sûr.
Et le chien, c’est malin,
En entendant son cri,
Ne trouva rien de mieux
Que d’aboyer en remuant la queue.


Veda tira la langue
À ce petit bâtard
Et sauta du trottoir
Dans le bleu des fourrés,
Laissant Lalie exsangue
Et sa sœur affolée.


La nuit fut blême et triste, toute noircie de prière.
On implora les dieux, les devi, les deva,
On dit des Notre Père et des je ne sais quoi.
On promit d’être sage, à l’heure, sincère,
De faire le tour de la ville s’il le faut,
À cloche-pied, ou même à dos de chameau,
Et d’écrire cette lettre au vieil ami
Abandonné par peur, par paresse, par oubli.

Pendant que les murmures prenaient ainsi leur vol,
Veda dormait, repue, au loin dans l’herbe molle...


Deux jours à peine et le miracle eut lieu.
Veda revint, ravie, avec aux yeux
La poussière des histoires incroyables
Dont on entendait encore les soupirs atroces
Résonner dans les plis de l’estomac féroce.
Le félin fit l’impasse sur ses prouesses nuptiales
Les chats, c’est bien connu, ont très peu de mémoire :
Elle avait oublié la cause de son départ.



Au matin, sur le sol, il ne restait,
En désordre,
Que quelques larmes,
Un sourire,
Et un tas de promesses...











Illustrations : Maya
Musique : Jodie Holland - Mad Tom of Bedlam

19 février 2007

Bleu

L'amour est une femme aux cheveux d'or sur les épaules du temps
Bleue comme les mots qui s'accrochent à tes lèvres
Suspendus entre nous comme des fils de glace
Bleue la terreur de voir qu'ils ne se cassent
Mais bleu l'espoir aussi quand ton sourire se lève

Ta voix de perle pose à ma fenêtre
Le chant de l'aube comme une main ouverte
Revient ce soir à l'heure où l'air est bleu
Retiens les rêves que le matin fait taire
Le bleu est la couleur de croire que l'on est deux
La douleur d'aimer mieux dans la nuit solitaire


Bleu comme les chemins de hasard
Que le temps dessine sur ta peau
Bleu comme la fièvre de te voir
Boire sur mes yeux des gouttes de sang d'eau

Bleue est l'attente puisqu'il y a ta lumière
Bleu le silence avant que tu paraisses
Bleus les arbres de nuit témoins de nos caresses
La chaleur en hiver du souvenir de la mer



Ce petit poème figure dans le magnifique livre bleu créé par Kayoko, que je ne peux malheureusement pas vous montrer ici sans risquer de le dénaturer complètement...
Encore bravo Kayoko, et merci !